Maxime Bernier déposa sa bière sur la tablette et rota légèrement en soulevant la chevelure de cette grande brune qui le suçait dans le troisième isoloir du club de danseuses de Beauceville. Tant par son rire de rombière que par ses seins lourds dont la chair refluait entre les phalanges lorsqu’on les empoignait, elle lui rappelait Julie Couillard. Maxime ferma les yeux et desserra les dents. Vanessa le pompait chaleureusement, elle y mettait encore plus de cœur que d’habitude, mais au terme de la quatrième danse, Maxime dut s’avouer que le plaisir qu’il éprouvait était plus sensible au niveau des couilles, là où les doigts de la danseuse couraient comme entre les cordes d’une harpe, que sur sa queue qui raidissait à blanc sous les coups de langue et la momification chuintante des lèvres.
Maxime conclut qu’il devait être plus paqueté qu’il ne l’avait cru, mais
lorsque le partiel de la fille se décrocha au bout de son gland et vint claquer
contre le sol de l’isoloir, il sut qu’une limite avait été atteinte, qu’il ne
servait à rien d’insister et qu’il valait mieux retourner s’asseoir à la table des
représentants de Bombardier. La danseuse
se confondit en excuses : d’un mouvement vif qui suggérait que ce n’était
pas la première fois, elle trempa le partiel dans sa pinte de bière et le fit passer entre ses lèvres dont le rouge lui barbouillait les joues à force de succion.
- Oooh Max, je suis tellement gênée, dit-elle en se voilant le visage à deux mains… Si tu veux, je te passe les trois prochaines danses gratisse…
- Pas de faute, ma belle, on reprendra ça
talleure sans problème, mais là, faut vraiment que j’aille pisser…
Maxime sortit de l’isoloir en titubant.
Les mains dans les poches, il avait cet air triste et ce port voûté qui
le faisait ressembler un peu à Peter Macleod quand il se met à rire de ses
propres blagues en gloussant comme une otarie rhumatisante. Sur la piste nickelée, démultipliée par la
mise en abîme des miroirs, la vieille Marina était postée à quatre pattes et agitait
son cul pachydermique sous le nez de deux ouvriers de l’autoroute 73 qui ne
semblaient pas s’émouvoir de la chose outre mesure. Calvaire, pensa-t-il, ça doit bien faire
vingt ans qu’elle travaille ici…
En passant près de la table des représentants de Bombardier, Maxime
capta des bribes de la conversation :
- … pis l’autre qui s’en va dire qu’elle
est pas féministe, mais qu’elle est…
quoi déjà?
- Pas féministe, mais égalitaire.
- Ouain, c’est ça, égalitaire…
- Remarque, c’est comme moi l’autre fois… Y avait une ostie de carré rouge, profil crapet
conscientisé, qui nous attendait à la sortie du bureau de Philippe… Faque à m’accroche… pourquoi moé? fouille-moé... toujours en est-il qu’à me pogne par la manche
pis qu’à me crie comme ça : Le monde appartient aux femmes! Vive la gynocratie!
- La quoi?
- La gynocratie. Le pouvoir aux femmes, entends-tu?
- Haha, tabarnak!
- Ouain, à me gueule ça sorti de nulle
part, chose, faque j’y dis : Mais ma pitoune, t’enfonces une porte
ouverte, la gynocratie, moé, je suis full en faveur, mais peut-être pas pour les bonnes raisons… À me regarde, pas sûre :
Comment ça? J’y réponds : Parce que
je trouve ça bandant.
Aux toilettes, il heurta de l’épaule la porte verrouillée de la deuxième
cabine. L’occupant grogna : Wo, wo…
Non sans mal, Maxime se projeta vers l’avant et abaissa la fermeture éclair de
son pantalon. Son gland était à
vif. Le front appuyé contre la
tuyauterie, il avisa la cuve de la pissotière murale, puis se soulagea en se
demandant s’il allait parvenir à dissoudre tous les petits glaçons avant la fin. Mais lorsqu’il eut terminé et qu’il remonta
la glissière métallique de son pantalon, quelques poils de poche se coincèrent
dans l’engrenage. Il lui sembla qu’on
venait de lui taillader la queue au rasoir, un globe de lumière noire se
fracassa entre ses lobes frontaux, et c’est à ce moment que Maxime fit une
expérience mystique qui allait transformer sa vie à jamais : dans le coin
supérieur gauche des toilettes, il eut la vision de Stephen Harper qui flottait
au beau milieu d’un nuage de poussière toxique.
L’ex-chef du Parti conservateur était égal à lui-même, si ce n’est que
son flegme légendaire était parasité par une barbe de bûcheron et des dents jaunies,
disjointes par de noirs interstices entre lesquels des blattes circulaient à
toute allure. La tête ceinte d’un voile
marial, Stephen donnait le sein à un fœtus saignant dont les langes étaient
imbibés d’une substance goudronneuse qui se détachait par grappes pour choir en
nappes bouillonnantes aux pieds de Maxime.
- Je sais pourquoi tu es là, oui, je le
sais, cria Maxime! Parle, Stephen, parle-moi! Ils t’ont abandonné, tous autant qu’ils sont,
mais pas moi… Je t’écoute, ô mon chef, ô
ma vie, quoi que tu me demandes, je le ferai!
Les yeux de Stephen s’écarquillèrent, sa barbe tressaillit sous un rire vaguement
diabolique, sa bouche s’ouvrit toute grande -- et Maxime sut à cet instant, il
sut au plus profond de lui-même qu’il allait entendre la parole la plus
déterminante de toute son existence.
Maxime hurla.
- JE T’EN SUPPLIE, PARLE ! GUIDE-MOI !
Mais un peu comme dans un rêve, les seules paroles qui sortirent de la
bouche de Stephen furent : gnagnagnagnagnagnagnagna, et la vision s’acheva
par la chute d’un immense tas de marde.
*
Dans la salle B-438 du Palais de justice de Québec, le juge rendit son
verdict : il annonça que Lise Thibault était condamnée à 18 mois de prison
et que sa requête en vue de purger sa peine dans la collectivité était rejetée. Tous les yeux se tournèrent en direction du
box de l’accusée.
Un petit bearing se détacha des débris de la chaise roulante complètement écrapoue.
L’ex-gouverneure générale ne fit aucun autre commentaire.
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